金継ぎとは

Qu'est-ce que le wabi-sabi ? L'esthétique japonaise à travers le prisme du kintsugi

わびさびとは何か? ―金継ぎから学ぶ日本の美意識
Sho Takeshita

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Sho Takeshita Artisan kintsugi

Originaire de Tokyo, diplômé de l'université Rikkyo, il s'est tourné vers le kintsugi après la rupture d'un bol hérité de sa grand-mère. Touché par cette philosophie qui transforme la casse en une nouvelle beauté, il s'est formé à cette technique dans un atelier de kintsugi à Tokyo. Aujourd'hui, il crée des pièces qui allient sensibilité esthétique japonaise traditionnelle et regard contemporain, avec le kintsugi comme fil conducteur.

En tant que Japonais, le « wabi-sabi » est pour moi un concept qui va de soi. Mais dès que j'essaie de l'expliquer à des amis étrangers, je me retrouve toujours à chercher mes mots.

En réalité, même les Japonais peinent à mettre le wabi-sabi en mots. C'est sans doute parce qu'il s'agit d'une notion sensorielle, une esthétique profonde qu'aucune formule ne peut résumer en une phrase.

Cet article propose de clarifier ce qu'est le wabi-sabi, en particulier à travers le kintsugi, cette technique traditionnelle qui accepte l'imperfection et célèbre les traces du temps : l'esprit du wabi-sabi s'y trouve comme condensé.

Le wabi-sabi, cet esprit qui habite les Japonais

Le wabi-sabi (侘び寂び) est une esthétique fondatrice de la culture japonaise. Là où l'esthétique occidentale recherche souvent la perfection et l'éternité, le wabi-sabi part de l'idée que la vraie beauté réside dans ce qui est imparfait, éphémère et inachevé.

Pour comprendre le wabi-sabi, il est utile de le décomposer en ses deux éléments : le « wabi » et le « sabi ».

Wabi : la richesse intérieure que l'on trouve dans la sobriété et la simplicité

Le « wabi » (侘び) désigne la richesse intérieure que l'on trouve dans la sobriété et la simplicité. C'est un esprit paisible et apaisé, une façon de voir la qualité même dans un objet légèrement imparfait.

Pensez à la cérémonie du thé japonaise. La salle de thé n'est généralement pas une pièce vaste et richement décorée, mais un espace petit et sobre. Le bol utilisé peut lui-même être légèrement déformé ou ébréché. Les Japonais trouvent cette imperfection belle, et la chérissent.

Sabi : la beauté patinée que le temps grave sur les choses

Là où le « wabi » se concentre sur un état d'esprit et une intériorité, le « sabi » désigne la beauté des traces et de l'histoire que le temps grave sur les objets.

La patine d'un bois ancien, la texture d'un métal rouillé, une lanterne de pierre couverte de mousse : plutôt que d'y voir une dégradation, on y voit « une beauté, une personnalité offerte par le temps ».

Imaginez la lanterne de pierre d'un sanctuaire ancien. Elle n'est plus neuve ni impeccable, mais recouverte d'une belle mousse verte. Cette mousse est la preuve qu'elle est restée là, jour de pluie comme jour de beau temps, année après année. Cette beauté paisible et patinée, c'est le « sabi ».

Le kintsugi, incarnation du « wabi-sabi »

Le kintsugi est une technique traditionnelle japonaise qui incarne, de façon belle et limpide, la philosophie du wabi-sabi. En recollant une céramique brisée à la laque puis en la décorant d'or, cette technique ne cache pas l'endroit réparé : elle le met au contraire en valeur, offrant à la pièce une beauté nouvelle.

« Wabi » : accepter l'imperfection et continuer d'utiliser l'objet

Le geste même de réparer par le kintsugi, ainsi que l'état d'esprit de celui qui le pratique, incarnent parfaitement le « wabi ». Dans les valeurs occidentales, la casse d'un objet, c'est-à-dire son imperfection, signifie souvent la fin de sa valeur. Mais la philosophie du « wabi » trouve la richesse non pas dans la perfection, mais précisément dans la sobriété et l'imperfection.

Chérir la « cassure » ou l'« éclat » d'une céramique comme une part de sa personnalité : voilà ce qui exprime l'esprit du « wabi ». Un objet brisé n'est pas un objet défectueux ; grâce au kintsugi, il renaît porteur d'une beauté nouvelle.

C'est cette attitude sincère, qui cherche à trouver de la valeur dans un objet brisé, qui exprime véritablement l'esprit du « wabi ».

« Sabi » : sublimer l'histoire de l'objet en une beauté nouvelle

La trace dorée d'une réparation en kintsugi incarne précisément le « sabi ».

Le « sabi », c'est la beauté visuelle née du passage du temps. Une cassure ou un éclat sur une céramique est la trace d'un événement survenu au fil de son histoire, de son usage.

Le kintsugi n'efface pas cette trace : il la souligne, délibérément, d'un beau trait d'or. En mettant en avant une blessure née du temps, il fait naître un paysage nouveau, absent de la pièce d'origine.

Ce motif d'or, unique et né du hasard, incarne l'« histoire » propre à cet objet et le fait renaître avec une profondeur et une beauté (le « sabi ») plus grandes encore qu'avant la casse.

>>En savoir plus sur la philosophie du kintsugi

Vivre avec le wabi-sabi

Nous qui vivons à notre époque devrions intégrer activement cette esthétique du wabi-sabi à notre quotidien et à nos vies. Le wabi-sabi nous enseigne comment trouver davantage de joie dans une existence, par nature, imparfaite.

L'idée qu'il n'est pas nécessaire d'être parfait

Le perfectionnisme est l'une des grandes causes de souffrance de l'homme moderne. Rechercher un résultat parfait au travail, bâtir une famille parfaite, chercher à être soi-même parfait : cet effort incessant peut engendrer anxiété, stress, et parfois même un rejet de soi.

L'essence du wabi-sabi consiste à reconnaître l'imperfection. Il s'agit de ne pas cacher ses imperfections, de les accepter comme faisant partie de soi, et de prendre soin de soi-même tel que l'on est.

C'est en agissant ainsi que nous pouvons cultiver la bienveillance envers nous-mêmes et envers les autres. C'est précisément l'imperfection qui nous rend humains.

Accepter ses blessures comme une expression du wabi-sabi

Au fil de la vie, nous portons tous, un jour ou l'autre, une forme de blessure. Une rupture amoureuse, une perte d'emploi, un rêve inaccompli : ces expériences peuvent laisser des traces profondes dans notre cœur.

Mais l'esprit du wabi-sabi nous enseigne à ne pas cacher ces blessures, mais à les accepter comme une part de notre propre histoire. Tout comme le kintsugi répare une céramique brisée avec de l'or, nous pouvons, nous aussi, accepter nos blessures et en tirer une occasion de grandir.

Une blessure n'est pas quelque chose dont il faut avoir honte : elle est la preuve des épreuves surmontées, des leçons apprises, et du chemin parcouru.

Mettre le wabi-sabi en pratique

Pour mieux comprendre l'esprit du wabi-sabi, nous vous recommandons de faire l'expérience du kintsugi. Le processus de réparation d'une céramique brisée permet de vivre concrètement cette philosophie qui transforme l'imperfection en beauté.

Nous vous conseillons aussi de lire un ouvrage qui explore en profondeur l'esthétique du wabi-sabi. « Wabi Sabi Yūgen no Kokoro — Seiyō Tetsugaku o Koeru Jōi Ishiki » (« L'esprit du wabi, du sabi et du yūgen — une conscience supérieure au-delà de la philosophie occidentale ») de Shōyō Morigami éclaire, au-delà du sens superficiel du mot, l'état d'esprit profond des Japonais qui se cache derrière.

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